Il faut se rendre à l’évidence : Vista n’a pas la côte auprès des blogueurs.
Je crois me souvenir d’un meilleur accueil pour WinXP, qui avait en son temps soulevé plus d’espoir : une meilleure stabilité, le passage définitif à l’architecture 32 bits, et un grand nombre de drivers embarqués par défaut. Mais il est vrai qu’en cette fin d’année 2001, seule la presse spécialisée possédait le sujet, en communiquant principalement sur l’étalage des nouvelles fonctionnalités. Les blogs étaient alors un phénomène relativement confidentiel, et le Web ne pouvait offrir qu’une visibilité minimale aux échos les plus trashs* de l’ego-utilsateur, qui aujourd’hui tiennent le haut du pavé sur les digg-like.
On pourrait avancer une foule d’arguments pour expliquer ce backdraft publicitaire, mais le plus significatif me semble être celui-ci : les utilisateurs qui créent la majorité du contenu dans le domaine IT (en alimentant blogs, wikis, et autres plateformes vidéo) sont essentiellement des geeks assez peu enthousiastes à l’endroit de Microsoft. L’exemple du lancement du Zune est à ce titre assez significatif. Typiquement, même si la plupart utilisent régulièrement WinXP, ils reconnaissent l’excellence des différentes distributions Linux et, de plus en plus, de MacOSX. Si je me range volontiers à cette dernière idée, Vista a-t-il pour autant vraiment mérité ce déchaînement de critiques incendiaires ? N’aurait-il que des défauts, cet OS que tout le monde attendait avec impatience lorsqu’il portait encore le nom bucolique de “Longhorn” ? Pour l’avoir installé et testé sur mon ordinateur domestique, ma réponse sera directe : Vista est en tout point meilleur que XP. Mais il faut posséder une bonne carte 3D, 2 Go de mémoire vive et un écran 19 pouces pour en profiter pleinement.
En clair, Vista nécessite une configuration de gamer pour faire, au minimum, de la bureautique.
Et c’est bien là que le bât blesse : son manque de flexibilité condamne une large partie des consommateurs à attendre l’achat d’un nouvel ordinateur… alors que le marché du hardware assemblé est aujourd’hui majoritairement porté par la vente de portables, c’est-à-dire des machines en moyenne moins performantes que les versions desktops (notamment en ce qui concerne le GPU et la RAM, deux éléments fortement mis à contribution dans l’exécution de Vista).
Sur ce point, le positionnement de Microsoft devient donc problématique. Leur département marketing semble avoir anticipé un effet d’upgrade hardware massif… dont Vista devait être lui-même le déclencheur. Mais l’actualité semble toute différente : le prix des mémoires vives est en train de s’effondrer, car les constructeurs n’arrivent pas à écouler leurs stocks de barrettes de 1Go de RAM prévues pour le lancement de Vista !
Les rouages du plan semblent donc grippés, et ce, pour plusieurs raisons. Ces dernières années, les constructeurs, faute de pouvoir pour des raisons techniques soutenir de manière constante la croissance de leurs processeurs en Ghz, ont tout misé sur une communication délaissant la notion de performance brute pour se concentrer sur les usages : gamme de chipset à faible consommation énergétique pour portables, chipset multi-coeur pour stations de travail vidéo, chipset de GPU pour gamers, etc.
Bref, le consommateur a été éduqué à juger de la bonne adéquation entre le hardware et son utilisation personnelle. Il sera donc difficile de lui vendre en upgrade une carte 3D DirectX 10 si ce dernier souhaite simplement naviguer sur le Web et réaliser des tableaux sous Excel.
De plus, comme indiqué précédemment, le portable est devenu aujourd’hui l’achat prioritaire, en complément d’un ordinateur bureautique et familial qui remplit correctement son office, acheté il y a quelques années – et que l’on ne souhaite pas jeter au vide-ordures uniquement parce que cela contredit les présentations powerpoints des commerciaux de Redmond.
Il est encore bien trop tôt pour établir si Vista sera un succès ou un échec. Mais dans ce dernier cas, il y a fort à parier que pour la première fois de son histoire, Microsoft aurait trébucher, non à cause de la qualité intrinsèque de son produit, mais du fait d’une divergence trop importante entre leur vision du marché et sa réalité. Un comble !
* Cette vidéo vient d’être retirée par YouTube : on pouvait y voir un utilisateur mécontent passer son Vista à la broyeuse.